Nouvelles données scientifiques pour votre démarche diagnostique sur les souffles cardiaques félins


Intérêt du SNAP Feline proBNP dans la détection des myocardiopathies hypertrophiques asymptomatiques: étude prospective sur 61 chats.

C. Damoiseaux, C. Poissonnier, M. Rospabé, V. Gouni, M. Lavennes, E. Trehiou-Sechi, R. Tissier, O. Sarret, V.Chetboul.


En septembre dernier s’est tenu le congrès de l’ECVIM (Collège européen de médecine interne vétérinaire). À cette occasion, le Dr C. Damoiseaux ((résidente ECVIM-CA (cardiology), Unité de Cardiologie d’Alfort)) a présenté un poster sur l’intérêt du SNAP feline pro-BNP dans la détection des myocardiopathies hypertrophiques (MCH) asymptomatiques (étude prospective sur 61 chats). Cet article présente quelques rappels sur cette affection courante, ainsi que les conclusions de l’étude. 

La MCH est une affection myocardique primaire, caractérisée par une hypertrophie des parois ventriculaires gauches en l’absence d’autres causes d’hypertrophie (hypertension systémique ou hyperthyroïdie par exemple). Il s’agit de la myocardiopathie féline la plus fréquente. Contrairement à ce qui est observé chez l’homme, la prévalence semble relativement élevée dans cette espèce. Elle est évaluée à 15% par certains auteurs1,2. Lors de MCH asymptomatique, l’audition d’un souffle systolique est fréquente (entre 70 et plus de 90% des cas1,3,4). Notons que l’auscultation d’un souffle systolique est fréquente chez le chat en apparente bonne santé (plus de 10% à 40%1,5), y compris chez les chats indemnes de myocardiopathie.  Ces souffles peuvent traduire la présence d’une affection plus ou moins grave, ou au contraire « mineure » : ils peuvent être dûs à une accélération de la vitesse du flux sanguin lors d’affection systémique (anémie ou hyperthermie par exemple), à une cardiopathie congénitale ou acquise, telle qu’une myocardiopathie primaire ou secondaire à une maladie systémique (hyperthyroïdie, hypertension, acromégalie) ou une valvulopathie dégénérative. L’auscultation seule ne permet malheureusement pas de faire la distinction entre ces différentes causes. En effet, les caractéristiques auscultatoires de ces souffles sont très similaires5, ne permettant le diagnostic de myocardiopathie qu’avec une sensibilité de 31%1.

Or, établir le diagnostic de myocardiopathie est de grande importance en raison des risques potentiels inhérents à cette dernière, que sont l’insuffisance cardiaque congestive, les thrombo-embolies, voire la mort subite2,4. Le gold standard pour diagnostiquer de façon non invasive une MCH est l’échocardiographie. Néanmoins, un examen écho-Doppler est d’un coût non négligeable et nécessite un opérateur entrainé.

C’est la raison pour laquelle l’utilisation du biomarqueur cardiaque qu’est le NT-proBNP au chevet du patient, est une idée séduisante.

Les objectifs de cette étude prospective réalisée chez 61 chats adultes de plus de 12 mois « apparemment sains » étaient les suivants:

  • Déterminer si le SNAP Feline proBNP permettait de discriminer parmi les chats apparemment sains avec souffle apexien gauche, ceux qui étaient atteints de MCH occulte de ceux non atteints de MCH. 
  • Évaluer la sensibilité et la spécificité du SNAP test feline proBNP dans la détection des MCH occultes chez le chat.
     

 Les chats de l’étude ont été répartis en 2 groupes :

  • Un groupe contrôle sain (Groupe 1, n=31) : chats sains sans antécédent de maladie systémique, respiratoire ou cardiaque et sans traitement, caractérisés par un examen clinique et échocardiographique normal.
  • Un groupe de chats avec souffle cardiaque (Groupe 2, n=30) : chats sans antécédent de maladie systémique  et sans signe fonctionnel cardiovasculaire mais pour lesquels un souffle systolique apexien gauche a été ausculté.

Les résultats ont été les suivants: l’origine du souffle cardiaque des chats du groupe 2 s’est avérée être une MCH occulte pour 11 d’entre eux et une régurgitation mitrale mineure sans répercussion hémodynamique pour les 19 autres. Chez les 11 chats atteints de MCH occulte, plusieurs formes d’hypertrophie ventriculaire gauche ont été identifiées parmi lesquelles des formes diffuses (n =7) et des formes localisées (n=4). 

Le SNAP Feline proBNP s’est révélé négatif pour l’ensemble des animaux du groupe contrôle et également chez les chats qui avaient une régurgitation mitrale mineure sans répercussion hémodynamique. A l’inverse, le test SNAP s’est révélé positif chez tous les chats atteints de MCH diffuse et négatif chez les chats atteints de MCH localisée. Ces faux négatifs étaient associés à des concentrations sériques très faibles de NT-proBNP (dosage quantitatif réalisé en parallèle).

Le SNAP Feline proBNP a donc permis de distinguer les chats asymptomatiques avec souffle souffrant de MCH des chats « sains » avec une sensibilité de 64% et une spécificité de 100%. Les valeurs prédictives positives et négatives sont de 100% et 93%, respectivement.

Cela signifie que la probabilité qu’un test négatif ou positif corresponde à un animal vraiment sain ou vraiment malade est très élevée. Si l’on considère uniquement la MCH dans sa forme diffuse, la sensibilité et spécificité du test SNAP sont, dans cette étude, de 100% chacune.

En pratique, le test SNAP feline proBNP est donc très utile en première intention en complément du bilan biologique de base (fonction rénale, thyroïdienne…) afin d’aider à détecter les formes diffuses de MCH occulte, notamment lors de la détection fortuite d’un souffle systolique apexien gauche. Un résultat positif au SNAP Feline proBNP doit ainsi inciter le vétérinaire à recommander un examen échocardiographique car il est hautement probable que le chat soit atteint d’une forme diffuse de MCH. Le test SNAP Feline proBNP peut, pour cette raison, constituer un outil très utile, notamment au sein d’élevages, afin de déterminer les chats prioritaires pour l’examen échocardiographique de dépistage, ou en screening à la consultation lors d'anomalies auscultatoires.


Références bibliographiques

  1. Paige C, Abbott J, Elvinger F, Pyle R. Prevalence of cardiomyopathy in apparently healthy cats. J Am Vet Med Assoc, 2009;11:1398-403
  2. Payne J, Brodbelt D, Fuentes V. Cardiomyopathy prevalence in 780 apparently healthy cats in rehoming centres (the CatScan study). J Vet Cardiol 2015;17:Suppl 1:S244-57
  3. Payne J, Fuentes V, Boswood A, Connolly D, Koffas H, Brodbelt D. Population characteristics and survival in 127 referred cats with hypertrophic cardiomyopathy (1997 to 2005). J Small Anim Pract 2010;51:540–7
  4. Trehiou-Sechi E, Tissier R, Gouni V, Misbach C, Petit AM, Balouka D, Sampedrano CC, Castaignet M, Pouchelon JL, Chetboul V. Comparative echocardiographic and clinical features of hypertrophic cardiomyopathy in 5 breeds of cats: a retrospective analysis of 344 cases (2001-2011). J Vet Intern Med. 2012 ;26:532-41.
  5. Côté E, Edwards N, Ettinger S, Fuentes V, MacDonald K, Scansen B, Sisson D, Abbott J. Management of incidentally detected heart murmurs in dogs and cats. Journal of Veterinary Cardiology 2015;17:245e261
  6. Haggstrom J, Fuentes V, Wess G. Screening for hypertrophic cardiomyopathy in cats. J Vet Cardiol 2015;17:Suppl 1:S134-49