Les pancréatites canine et féline


Importance et prévalence

Les pancréatites seraient sous-diagnostiquées en médecine vétérinaire.  Des différences sont notables entre les espèces : chez le chien, les pancréatites aiguës prédominent, alors que les chats présentent plutôt des formes chroniques.

Chez le chien, les facteurs de risque sont multiples et incluent des facteurs nutritionnels, des dysendocrinies, la présence d’une hyperlipidémie, un facteur race (pancréatite aigüe chez le caniche nain, chronique chez le boxer), toute hypotension ou traumatisme ainsi que l’administration de certains médicaments ou l’hypercalcémie.

Mais dans la majorité des cas, les pancréatites sont considérées comme idiopathiques car aucune de ces causes sous-jacentes ne peut être identifiée.

Chez le chat, certaines maladies infectieuses, telles que la toxoplasmose, la péritonite infectieuse féline et l’herpèsvirose peuvent être des facteurs à l’origine d’une pancréatite aiguë. L’exposition aux organophosphorés ainsi que les traumatismes sont également des facteurs de risque.

Enfin, une association semble exister entre pancréatites félines et affections hépatiques et intestinales en raison de la particularité anatomique du chat qui fait s’aboucher dans une zone unique du duodénum le canal cholédoque et pancréatique (à la différence du chien ou les 2 canaux sont différenciés). Par conséquent, la pancréatite féline est très souvent associée à une cholangite ou à une MICI (Maladie Inflammatoire Chronique de l’Intestin) ce qui accroît la difficulté du diagnostic. Le terme de triade a été utilisé pour décrire le complexe cholangite, inflammation du tractus digestif et pancréatite.


Pathogénie

La pancréatite résulte de l’auto-digestion du parenchyme pancréatique suite à l’activation prématurée des enzymes digestives. C’est une inflammation, la plupart du temps stérile, du pancréas. Elle peut évoluer de façon aiguë ou chronique, bien qu’une forme puisse évoluer vers l’autre. La différence entre les deux formes ne peut être réalisée que sur des critères histopathologiques.

Qu’elles soient aigües ou chroniques, elles peuvent varier fortement en termes de sévérité, du cas sub-clinique à l’affection sévère. Les formes sévères sont associées avec des complications locales et systémiques et peuvent être mortelles. 


Présentation clinique

La gravité des signes cliniques est variable. On observe classiquement lors de pancréatite aigüe :

  • des troubles digestifs (vomissements, anorexie...)
  • une douleur abdominale
  • un état de choc
  • autres : apathie, nausées, abattement, diarrhées, fièvre…

Ces signes sont peu spécifiques car souvent associés à d’autres pathologies. Les signes cliniques observés lors de pancréatite chronique sont plus frustres. Les pancréatites peuvent conduire à un diabète, une insuffisance pancréatique exocrine ou une pancréatite aigüe fatale. A l’instar des maladies rénales, les pancréatites peuvent débuter bien avant l’apparition des premiers signes cliniques.

Tests diagnostiques

Chez nos carnivores domestiques, le diagnostic de pancréatite s’avère complexe.

  • Hémogramme (non spécifique, leucocytose neutrophilique, anémie régénérative et arégénérative)
  • Biochimie (hyperazotémie, hypocalcémie, hyperglycémie légère, hyperbilirubinémie, élévation des enzymes hépatiques, hyperlipémie)
  • Dosages enzymatiques (amylase et lipase uniquement chez le chien, à interpréter avec la clinique, car peu spécifiques et peu sensibles pour les pancréatites. Le dosage de la lipase spécifique du pancréas, réalisable au laboratoire de référence IDEXX de manière quantitative (Spec cPL/fPL), ou à la clinique avec le test semi quantitatif SNAP fPL/cPL ont permis de faciliter le diagnostic.

    C’est le test diagnostique le plus précis et le plus sensible dont peuvent disposer les vétérinaires aujourd’hui. La production de cette enzyme s’accroit lorsqu’il y a inflammation du pancréas.
  • Echographie abdominale
  • Biopsie 

Prise en charge

Commun à toute pancréatique d'expression clinique aiguë (traitement de soutien)

  1. Identifier et éliminer les facteurs prédisposants
  2. Assurer le remplissage vasculaire
  3. Lutter contre la douleur
  4. Lutter contre les vomissements
  5. Traiter ou prévenir les complications bactériennes
  6. Alimenter


Références bibliographiques

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