Les cardiomyopathies félines


Importance et prévalence

Les cardiomyopathies forment un ensemble de maladies caractérisées par une atteinte du muscle cardiaque ou myocarde. Son fonctionnement s’en trouve donc altéré. Les signes cliniques peuvent être très discrets. Pourtant, des complications gravissimes peuvent survenir à court ou moyen terme et des thrombo-embolies artérielles à l’origine de paralysies ou des morts subites sont possibles. Pour être complet et efficace, le traitement médical s’appuie sur un diagnostic précis et précoce. L’objectif du traitement est d’assurer la meilleure qualité de vie possible au malade mais également de limiter l’apparition de complications.

Les cardiomyopathies forment un groupe d’affections très diverses mais relativement fréquentes : on considère qu’un chat sur 7 en est atteint.

Parmi les cardiomyopathies les plus connues, on citera les cardiomyopathies hypertrophiques (CMH), les cardiomyopathies dilatées (CMD), les cardiomyopathies restrictives (CMR)…
 


Pathogénie

Elles peuvent être primaires (l’origine est alors inconnue) ou secondaires à une autre affection (myocardite, hyperthyroïdie...). Progressivement, le fonctionnement du muscle cardiaque s’altère et une insuffisance cardiaque peut s’installer. Quand le tissu cardiaque est soumis à un « stress » ou un étirement, il libère des hormones appelées peptides natriurétiques destinés à limiter la surcharge cardiaque. On en distingue 2 types : l’ANP (Atrial ou A-type Natriuretic Peptide) produit majoritairement par les cellules musculaires cardiaques des atria (ou oreillettes) et le BNP (Brain ou B-type Natriuretic Peptide) produit par les cellules musculaires cardiaques des ventricules.

 

Présentation clinique

Les signes cliniques ne peuvent apparaître que très tardivement au moment où les complications apparaissent (congestions, oedèmes ou épanchements par exemple). La présence d’un souffle cardiaque, de bruits de galop, de bruits cardiaques assourdis (par un épanchement), d’une tachycardie, d’arythmies inexpliquées, d’une hypotension/hypothermie, de toux, de difficultés respiratoires, de syncopes, de paralysies ou de signes généraux tels que anorexie/abattement/amaigrissement doit conduire à des investigations complémentaires sans délai.

Tests diagnostiques

Le diagnostic est difficile pour plusieurs raisons : les signes sont souvent frustes et fréquemment non spécifiques, l’auscultation cardiaque et la mesure de la fréquence cardiaque ne sont pas toujours évidentes et déterminantes (animal non coopératif ou stressé). La présence d’un souffle cardiaque à l’auscultation n’est pas systématiquement associée à une maladie cardiaque (exemple de l’anémie ou du souffle innocent chez le jeune). A l’inverse, l’absence de souffle ne doit surtout pas conduire à l’exclusion d’une cardiomyopathie.

L’identification rapide, précise et précoce de l’affection cardiaque est impérative afin de mettre en place un traitement médical ciblé et efficace.

En première intention, un bilan médical de base (comprenant une analyse biochimique, une numération formule sanguine, un ionogramme et une analyse d’urine) doit être réalisé compte-tenu de la quasi absence ou la non spécificité des signes cliniques mais aussi dans le but d’explorer les affections associées à la potentielle cardiopathie. On s’attache à rechercher par exemple une anémie (qui pourrait expliquer un souffle par exemple), une leucocytose, une hypokaliémie, une azotémie, une augmentation des enzymes hépatiques, une hypoalbuminémie, une hypoglycémie, une protéinurie… Ces indices n’orientent pas vers une hypothèse de cardiopathie mais aident à l’interprétation d’autres test de laboratoire et donc à l’établissement du diagnostic.

D’autres investigations au chevet du patient ou en laboratoire de référence seront nécessaires pour identifier la pathologie, affiner le pronostic et assurer le suivi.

Le test rapide SNAP Feline proBNP utilisant la technologie ELISA, permet de détecter la présence du peptide natriurétique directement au chevet du patient. Un résultat positif témoignant de la présence d’un « stress » myocardique est un argument supplémentaire à la poursuite de la démarche diagnostique et à la réalisation immédiate d’un dosage quantitatif Cardiopet proBNP au laboratoire de référence IDEXX associé à une échocardiographie.

Par ailleurs, la radiographie thoracique permet d’identifier les signes d’insuffisance cardiaque.

D’autres examens disponibles au laboratoire de référence peuvent se révéler nécessaires comme la réalisation d’un dosage de la troponine I (témoin de la nécrose des cellules musculaires cardiaques) ou d’un test génétique permettant de rechercher spécifiquement des mutations pouvant être à l’origine d’une CMH dans certaines races de chats.

Prise en charge et suivi diagnostique

La prise en charge est multiple. En situation d’urgence et de signes d’insuffisance cardiaque, une oxygénothérapie, une ponction d’épanchement ou l’administration de diurétiques/vasodilatateurs peuvent être pratiquées. Les autres complications seront prises en charge de la même façon (anticoagulants si paralysie secondaire à un thrombus par exemple).

Le traitement de fond de la cardiomyopathie peut comprendre entre autres des diurétiques, des béta bloquants, des IECA, des anticoagulants, supplémentation en taurine…

Dans ce contexte, un suivi rénal sanguin et urinaire associé à un ionogramme est réalisé très régulièrement juste après mise en place du traitement puis mensuellement et trimestriellement.



Références bibliographiques

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