La giardiose

 

Importance et prévalence

La giardiose est une protozoose digestive qui atteint de nombreuses espèces animales, notamment les carnivores domestiques ainsi que l’Homme. La giardiose est considérée comme un problème de santé publique. Afin de connaître les risques encourus par les propriétaires de chiens et de chats, des études de prévalence ont été réalisées1,2,3,4,5. Il en a été conclu que les animaux de compagnie peuvent être considérés comme source de contamination.

  • La prévalence varie selon les études mais on peut considérer qu’elle est de l’ordre :
  • De 8%6 à 17,7%7 chez les chiens adultes
  • De 36% à 50% chez les chiots de moins de 6 mois6 qui sont porteurs du parasite
  • Jusqu'à 100 % en chenil ou en refuge6
  • De 4%6 à 10,1%7chez les chats

 

Pathogénie

Giardia duodenalis se présente sous deux formes : le trophozoïte, forme active et mobile, et le kyste, stade végétatif, quiescent.

Le chien se contamine en ingérant des kystes situés dans le milieu extérieur (ingestion d'eau contaminée, léchage du sol, léchage des gamelles, ...).

Il semblerait que l'ingestion d'une dizaine de kystes suffise pour contaminer un chien. Sous l'action des sucs digestifs, le kyste est lysé au niveau du début de l'intestin grêle et libère des trophozoïtes. Ces derniers sont mobiles : ils se déplacent le long de la muqueuse digestive, la tapissent, parfois s'y insèrent en profondeur et y adhèrent grâce à leur disque adhésif.

Il se produit, plus loin dans l'intestin grêle, une multiplication asexuée des trophozoïtes qui reforment des kystes.

Ces kystes seront par la suite éliminés dans le milieu extérieur par les selles. La période prépatente (temps qui sépare le moment où l'animal est infesté par un parasite et celui où les œufs apparaissent dans le milieu extérieur) est variable selon les espèces, et est de l’ordre de 6 à 8 jours chez le chien1.

 

Présentation clinique

L’expression des symptômes est très variable. Le plus souvent asymptomatique, la giardiose peut entraîner des symptômes digestifs et des troubles généraux. La durée d’incubation est variable (entre 1 à 10 semaines)9. L’infection peut durer des mois voire des années et certains animaux sont porteurs latents pendant de très longues périodes.

La maladie peut évoluer sous deux formes : la forme aiguë assez rare mais grave (diarrhée aqueuse, douleur abdominale…)  et la forme chronique (selles molles à liquides, décolorées, amaigrissement, retard de croissance chez les jeunes1) , beaucoup plus fréquente et bénigne.

Tests diagnostiques

La giardiose est une parasitose souvent sous-estimée en raison de la difficulté du diagnostic.

L’observation d’une diarrhée chronique, intermittente avec selles décolorées et malodorantes chez un jeune issu d’un élevage permet de suspecter une giardiose. Cependant, comme aucun signe n’est pathognomonique de l’affection, il faudra tenir compte des autres maladies pouvant s’exprimer cliniquement par des symptômes similaires. Le diagnostic différentiel inclut les autres types d’entérites (infectieuses ou non), le syndrome de malabsorption-maldigestion ou encore l’insuffisance pancréatique exocrine10,11.

Les examens de laboratoire sont indispensables à l’établissement d’un diagnostic définitif.

L’examen microscopique fécal après enrichissement semble être une méthode peu coûteuse et simple à réaliser. Cependant, cette méthode présente l’inconvénient de nécessiter une certaine expérience pour reconnaître les kystes de Giardia12,13,14, et un examen microscopique fécal négatif n’exclut pas nécessairement une giardiose, car l’excrétion des kystes est intermittente.

Le test rapide SNAP Giardia (sensibilité 92-96 %, spécificité 99%) est un dosage immuno-enzymatique rapide (basé sur la technologie ELISA) permettant le dépistage de l’antigène soluble de Giardia dans les fèces du chien et du chat. La présence de cet antigène dans les échantillons de fèces indique que l’animal a ingéré des kystes de Giardia, est activement infesté et peut être en train d’excréter des kystes dans les fèces.

Un dosage par PCR est également possible, il peut être inclus dans un grand bilan d’exploration de diarrhée.

Il n’y a pas de syndrome fébrile associé. Les paramètres biologiques restent dans les limites des valeurs usuelles même s’il y a tendance à l’éosinophilie et à l’anémie1,14.

Prise en charge et suivi diagnostique

En pratique, le traitement concernera tous les animaux malades ainsi que leurs congénères. Chez les particuliers, tous les carnivores vivant sous le même toit devront être traités car même les animaux ne présentant pas de signe clinique peuvent être porteurs asymptomatiques. En collectivité, tout l’effectif devra être traité dès lors qu’un animal exprime cliniquement la maladie ou bien si les analyses de contrôle révèlent des kystes de Giardia11,15.

Le traitement le plus classique repose sur l’emploi du métronidazole. Cependant, il n’est pas sans effets secondaires (potentiellement neurotoxique/tératogène). De plus en plus d’études se sont focalisées sur l’action des benzimidazoles, molécules moins dangereuses. C’est le cas notamment du fenbendazole.

Certaines souches de Giardia présentent une chimiorésistance vis-à-vis de certaines molécules comme la furazolidone , l’albendazole ou le métronidazole14,16,17.

Le respect des règles d’hygiène générale est essentiel pour éviter la contamination d’animaux sains. Pour éviter que la giardiose ne se propage, il faudra désinfecter les locaux, et prendre des mesures prophylactiques telles que le ramassage rapide des excréments, la pratique d’un vide sanitaire,  et le contrôle régulier de l’état parasitaire des animaux.



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