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Diagnostic Updates Juillet 2008

Intérêt du suivi biochimique hépatique chez un chien de 8 à 11 ans

Notre cas clinique









Dr vét. Claude Muller-Fleurisson, 59160 Lomme
 
Archives des Diagnostic update
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Laboratoire IDEXX Alfort
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Motif de consultation
Un chien Bichon Maltais mâle de 8 ans est présenté en consul­tation pour des troubles digestifs chroniques associant vo­missements non alimentaires, selles molles et dysorexie. Une perte de poids de 800g est notée depuis 2 mois. Ce chien a présenté une cholangio-hépatite infectieuse à l’âge de 2 ans (diagnostiquée par biopsie) et, depuis cet épisode, des troubles digestifs sont régulièrement observés. Un traitement corticoïde est en cours depuis plusieurs années dans l’hypo­thèse d’une colite. Les propriétaires rapportent une dégrada­tion clinique dès l’arrêt de ce traitement.

Examen clinique et hypothèses diagnostiques
L’examen général est normal et l’examen clinique spé cifique permet la mise en évidence d’une hépatomé galie. Il convient donc d’envisager et d’explorer les causes digestives et extra-digestives de troubles digestifs chroniques.

Examens complémentaires
Un examen hémato-biochimique et un ionogramme sont réa­lisés en première intention (cf. tableau) : seule une élévation des transaminases est à noter. L’analyse urinaire montre une densité normale et aucune autre anomalie. L’échographie abdominale (photo) confirme une hépatomégalie diffuse très importante, avec un parenchyme très compact et la présence d’une stase biliaire. Un test de stimulation à l’ACTH est mis en oeuvre en raison de la corticothérapie de longue durée et ne met pas en évidence d’insuffisance corticotrope iatrogène (hypercorticisme iatrogène). En l’absence de signes objec­tifs d’ insuffisance hépatique, la biopsie hépatique n’est pas envisagée à ce stade. Un traitement symptomatique des troubles digestifs et une alimentation hyperdigestible sont ins­taurés.

Paramètres Patient Valeurs usuelles
Albumine 32 g/l 22-39
Phosphatases alcalines 90 U/l 23-212
ALAT 191 U/l 10-100
Amylase 603 U/l 500-1500
Urée 0.362 g/l 0,147-0,567
Créatinine 100 mg/l 79-120
Calcium 100 mg/l 79-120
Cholestérol 2,03 g/l 1,10-3,20
Glucose 1,46 g/l 0,74-1,49
Lipase 1474 U/l 200-1800
Protéines totales 67 g/l 52-82
Sodium 159 mmol/l 144-160
Monocytes 159 mmol/l 144-160
Potassium 3,7 mmol/l 3,5-5,8
Chlore 118 mmol/l 109-122
Hématocrite 43,1 % 37-55
Hémoglobine 15 g/l 12-18
Globules blancs 9,5x10 9 /l 6-16,9x10 9
Plaquettes 381x10 9 /l 175-500x10 9

Evolution et suivi
Un mois plus tard, l’appétit est meilleur et les troubles digestifs ont régressé. Toutefois, l’activité des enzymes hépatiques est toujours élevée et augmente au fil du temps (voir courbe), conduisant à la réalisation d’une biopsie hépatique échogui­dée (4 mois après la visite initiale). Notons que le reste de l’examen hémato-biochimique ne montre aucune modification. L’examen anatomo-pathologique révèle une hépatopathie vacuolaire marquée avec surcharge glycogénique massive et généralisée. Ce type de surcharge est classiquement ren­contré secondairement à la prise ancienne et régulière de corticoïdes qui augmente la néoglucogenèse hépatique. Un sevrage progressif sur 2 mois est donc réalisé.

Après le sevrage des corticoïdes, le suivi biochimique se sta­bilise durant environ 1 an pour les phosphatases alcalines et une diminution des transaminases est observée, témoin d’une moindre cytolyse (voir courbe). A l’échographie, le transit bi­liaire est toujours lent. Puis une pente ascendante est de nou­veau constatée pour l’activité des phosphatases alcalines. Un test de stimulation à l’ACTH est mis en œuvre et se révèle toujours dans la limite des valeurs usuelles. Un freinage à la dexaméthasone n’est pas envisagé en raison de l’absence d’autre signe clinique évident d’hypercorticisme (polyphagie, polyuro-polydipsie notamment). De plus, l’analyse urinaire reste toujours normale.

Le chien est revu régulièrement et ne montre pas d’évolution notable sur le plan clinique. Cependant, une augmentation de l’appétit s’amorce à partir de février 2008, conduisant à un nou­veau test de stimulation à l’ACTH et à la mise en évidence d’un hypercorticisme spontané. En effet, la réponse excessive observée dans le contexte clinique évocateur permet cette fois le diagnostic, 2 ans après l’arrêt de la corticothérapie orale.

La prise en charge par le trilostane permet une normalisation des signes cliniques et une amélioration biochimique (voir fin de la courbe).

Echographie abdominale :
coupe longitudinale du parenchyme hépatique : noter l’écho­génicité augmentée et la perte de visualisation des parois des vaisseaux portes. Cette image est en faveur d’une surcharge, confirmée par la biopsie.

Echographie abdominale
Ce qu’il faut retenir de ce cas
  • Une élévation des enzymes hépatiques ne signifie pas insuffisance hépatique.
  • Chez ce chien, la corticothérapie de longue durée a entraîné une cytolyse hépatique par surcharge glycogénique, comme en témoigne l’augmentation progressive des transaminases et des phosphatases alcalines avant la biopsie.
  • L’arrêt progressif des corticoïdes a ensuite permis un arrêt de la cytolyse mais la cholestase a persisté.
  • La réaugmentation isolée des phosphatases alcalines après la phase de stabilisation est en rapport avec un hypercorticisme spontané. Un freinage faible à la dexaméthasone aurait probablement pu permettre de le mettre en évidence plus précocement.



Focus
Quelques questions réponses à propos de la gériatrie canine et féline

Claude Muller-Fleurisson, DVM, CEAV en médecine interne Responsable de la consultation de Gériatrie à l’ENVA

A partir de quel âge peut-on parler de gériatrie ?
Le vieillissement est un processus biologique complexe, qui conduit pour chaque individu à une perte progressive des capacités de maintien de l’homéostasie de l’organisme face aux agressions internes (maladies) ou externes (fac­teurs environnementaux). Il ne s’agit donc pas d’une maladie à part entière définie par quelques grands symptômes, mais d’une évolution physiologique au cours de la vie qui en­traîne une vulnérabilité aux défaillances organiques et dans certains cas le décès. Par ailleurs, le vieillissement n’est pas scientifiquement mesurable et, par conséquent, la défini­tion de l’animal âgé n’est pas clairement établie. Il est com­munément admis que la vieillesse commence lorsque les 2 tiers de l’espérance de vie sont atteints, impliquant une li­mite évolutive et bien évidemment en fonction de l’espèce et pour le cas particulier du chien, de la race concernée (voir tableau).

Quels sont les principaux motifs de consultation liés aux affections gériatriques ?
La démarche gériatrique s’initie le plus souvent lors de la vi­site annuelle vaccinale, mais il est également impératif de modifier l’abord de tous les patients âgés, même s’ils sont présentés pour un motif ponctuel. Les figures suivantes présentent les principaux motifs de consultation rencon­trés pour les populations canine et féline âgées à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort, entre 1998 et 2000 (Thèse Philippe Ma­roille, ENVA 2001).



Quelles sont les dominantes pathologiques chez le chien et chez le chat ?
Les maladies cancéreuses et cardio-vasculaires (incluant l’hypertension artérielle) sont les plus fréquentes chez le chien, comme chez le chat âgé. Les affections locomotrices sont plus spécifiques du chien âgé et surtout plus exprimées cliniquement, en particulier l’arthrose. Il convient chez le chat de citer les affections urinaires et en particulier l’insuffisance rénale chronique. Les affections endocriniennes entraînent des conséquences sur de multiples organes et ne doivent pas être négligées (hypercorticisme chez le chien, hyperthyroïdie chez le chat).

Quel est l’intérêt du bilan gériatrique ?
Il peut être intéressant de proposer quelques examens com­plémentaires simples afin de mieux cerner l’état clinique du patient âgé cliniquement sain. En effet, le vieillissement agit sur les grandes fonctions métaboliques et nombre desaffections liées à l’âge évoluent d’abord sur un mode sub-clinique. Cette phase asymptomatique peut être particu-lièrement longue en particulier chez le chat, dont l’expression clinique des différentes pathologies est souvent tardive.

L’intérêt du bilan gériatrique est alors triple:

  • Détection précoce des maladies lorsque les possibilités thérapeutiques sont encore optimales. En effet, l’apparition de signes cliniques francs rend le diagnostic plus facile mais surtout la thérapeutique plus difficile.
  • Obtenir des valeurs de référence utiles pour le suivi du patient et pour les choix thérapeutiques (prescription d’un anti-inflammatoire ou d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion par exemple).
  • Développer un réel service de médecine préventive de l’animal âgé auprès de sa clientèle

A quelle fréquence doit-on raisonnablement dépister ces modifications ?
En l’absence de diagnostic particulier à l’issu du bilan gériatri­que initial, il semble raisonnable de proposer un bilan annuel, ou tous les 6 mois sur les patients très âgés ou les propriétai­res très inquiets. En cas de diagnostic d’une affection liée à l’âge lors du bilan initial, le suivi est à adapter selon les besoins de la thérapeuti­que instaurée et de la réponse de l’animal.

C’est tout simplement dans un but de prévention que l’on choisit de développer ce nouveau domaine, en proposant au propriétaire un bilan de santé pour son animal âgé à l’instar des pratiques couramment répandues maintenant en méde­cine humaine.

Ce bilan peut s’envisager lors de toute consultation de routine (vaccinale notamment) et peut même être proposé dès la salle d’attente afin d’inciter les propriétaires soucieux du bien-être de leur animal à vous le demander. Ainsi, la pratique de la gé­riatrie est sans aucun doute un instrument de valorisation du cabinet auprès de la clientèle et une source d’enrichisse­ment quotidien pour le vétérinaire. Il est toujours satisfaisant de dépister précocement une pathologie afin d’en ralentir l’évolution et d’allonger l’espérance de vie du patient.

Une consultation de gériatrie est avant toute chose une consultation de médecine générale très complète et ap­profondie pouvant être réalisée par tout praticien et ne re­quérant pas de spécialisation particulière. L’anamnèse doit être recueillie avec beaucoup de précision (mode de vie, modifications récentes de l’environnement, antécédents pa­thologiques, traitements antérieurs, habitudes alimentaires, voyages récents…), tout en pratiquant un examen clinique obligatoirement très complet, car il demeure le moyen le plus efficace de détecter une anomalie.

Notons qu’il doit inclure systématiquement en plus de l’exa­men habituel un examen orthopédique, neurologique et ophtalmologique (la réalisation du fond d’œil permet no­tamment de détecter des signes précoces d’hypertension artérielle avant même l’apparition de conséquences clini­ques). Le toucher prostatique ne doit bien évidemment pas être négligé sur tout chien de plus de 8 ans, compte tenu de la grande fréquence des affections prostatiques au cours du vieillissement.

En matière de gériatrie, il faut essayer dans la mesure du possible de devancer l’apparition de symptômes cliniques francs, qui rendent bien sûr le diagnostic plus facile, mais également la thérapeutique moins aisée.

L’examen clinique ainsi conduit permet de dresser un bilan fiable de l’état de santé du patient et de choisir en toute logique les examens complémentaires. A ce stade, le dialogue avec le client est particulièrement fondamental. En effet, c’est là que commencent réellement les frais et il faut savoir lui expliquer le bénéfice de ces examens par rapport à l’âge de l’animal et à son pronostic vital.

Tous les propriétaires ne demandent pas le même service, mais l’âge ne doit plus être une contre-indication à la réali­sation d’une exploration médicale complète ou d’éventuels actes chirurgicaux. Le développement d’une consultation gériatrique implique par la suite un suivi régulier des pa­tients, facilitant la fidélisation de toute clientèle

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