Claude Muller-Fleurisson, DVM, CEAV en médecine
interne Responsable de la consultation de Gériatrie à l’ENVA
A partir de quel âge peut-on
parler de gériatrie ?
Le vieillissement est un
processus biologique complexe, qui conduit pour
chaque individu à une perte progressive des capacités
de maintien de l’homéostasie de l’organisme face
aux agressions internes (maladies) ou externes (facteurs
environnementaux). Il ne s’agit donc pas d’une maladie
à part entière définie par quelques grands
symptômes, mais d’une
évolution physiologique au cours de la vie
qui entraîne une vulnérabilité aux
défaillances organiques et dans certains cas le
décès. Par ailleurs, le vieillissement n’est
pas scientifiquement mesurable et, par conséquent, la
définition de l’animal âgé
n’est pas clairement établie. Il est
communément admis que la vieillesse commence lorsque
les
2 tiers de l’espérance de vie sont
atteints, impliquant une limite évolutive et bien
évidemment en fonction de l’espèce et pour le
cas particulier du chien, de la race concernée (voir
tableau).
Quels sont les principaux
motifs de consultation liés aux affections gériatriques ?
La démarche gériatrique s’initie le plus
souvent lors de la
visite annuelle vaccinale, mais il est
également impératif de modifier l’abord de tous
les patients âgés, même s’ils sont
présentés pour un motif ponctuel. Les figures
suivantes présentent les
principaux motifs de consultation
rencontrés pour les populations canine et féline
âgées à l’Ecole Vétérinaire
d’Alfort, entre 1998 et 2000 (Thèse Philippe
Maroille, ENVA 2001).
Quelles sont les dominantes
pathologiques chez le chien et chez le chat ?
Les maladies
cancéreuses et
cardio-vasculaires (incluant l’hypertension
artérielle) sont les plus fréquentes chez le chien,
comme chez le chat âgé. Les affections
locomotrices sont plus spécifiques du
chien âgé et surtout plus exprimées
cliniquement, en particulier l’arthrose. Il convient chez le
chat de citer les affections
urinaires et en particulier l’insuffisance
rénale chronique. Les affections
endocriniennes entraînent des
conséquences sur de multiples organes et ne doivent pas
être négligées (hypercorticisme chez le chien,
hyperthyroïdie chez le chat).
Quel est l’intérêt du bilan
gériatrique ?
Il peut être intéressant de proposer quelques examens
complémentaires simples afin de mieux cerner
l’état clinique du patient âgé
cliniquement sain. En effet, le vieillissement agit sur les grandes
fonctions métaboliques et nombre desaffections liées
à l’âge
évoluent d’abord sur un mode
sub-clinique. Cette
phase asymptomatique peut être
particu-lièrement
longue en particulier chez le chat, dont
l’expression clinique des différentes pathologies est
souvent tardive.
L’intérêt du bilan gériatrique est alors triple:
-
Détection précoce des maladies lorsque les possibilités
thérapeutiques sont encore optimales. En effet, l’apparition de
signes cliniques francs rend le diagnostic plus facile mais
surtout la thérapeutique plus difficile.
-
Obtenir des valeurs de référence utiles pour le suivi du patient
et pour les choix thérapeutiques (prescription d’un
anti-inflammatoire ou d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion
par exemple).
-
Développer un réel service de médecine préventive de l’animal âgé
auprès de sa clientèle
A quelle fréquence doit-on
raisonnablement dépister ces modifications ?
En l’absence de diagnostic particulier à l’issu du bilan
gériatrique initial, il semble raisonnable de proposer un bilan
annuel, ou tous les 6 mois sur les patients très âgés ou les
propriétaires très inquiets. En cas de diagnostic d’une affection
liée à l’âge lors du bilan initial, le suivi est à adapter selon
les besoins de la thérapeutique instaurée et de la réponse de
l’animal.
C’est tout simplement dans un but de prévention que l’on choisit de
développer ce nouveau domaine, en proposant au propriétaire un
bilan de santé pour son animal âgé à l’instar des pratiques
couramment répandues maintenant en médecine humaine.
Ce bilan peut s’envisager lors de toute consultation de routine
(vaccinale notamment) et peut même être proposé dès la salle
d’attente afin d’inciter les propriétaires soucieux du bien-être de
leur animal à vous le demander. Ainsi, la pratique de la gériatrie
est sans aucun doute un instrument de valorisation du cabinet
auprès de la clientèle et une source d’enrichissement quotidien
pour le vétérinaire. Il est toujours satisfaisant de dépister
précocement une pathologie afin d’en ralentir l’évolution et
d’allonger l’espérance de vie du patient.
Une consultation de gériatrie est avant toute chose une
consultation de médecine générale très complète et approfondie
pouvant être réalisée par tout praticien et ne requérant pas de
spécialisation particulière. L’anamnèse doit être recueillie avec
beaucoup de précision (mode de vie, modifications récentes de
l’environnement, antécédents pathologiques, traitements
antérieurs, habitudes alimentaires, voyages récents…), tout en
pratiquant un examen clinique obligatoirement très complet, car il
demeure le moyen le plus efficace de détecter une anomalie.
Notons qu’il doit inclure systématiquement en plus de l’examen
habituel un examen orthopédique, neurologique et ophtalmologique
(la réalisation du fond d’œil permet notamment de détecter des
signes précoces d’hypertension artérielle avant même l’apparition
de conséquences cliniques). Le toucher prostatique ne doit bien
évidemment pas être négligé sur tout chien de plus de 8 ans, compte
tenu de la grande fréquence des affections prostatiques au cours du
vieillissement.
En matière de gériatrie, il faut essayer dans la mesure du possible
de devancer l’apparition de symptômes cliniques francs, qui rendent
bien sûr le diagnostic plus facile, mais également la thérapeutique
moins aisée.
L’examen clinique ainsi conduit permet de dresser un bilan fiable
de l’état de santé du patient et de choisir en toute logique les
examens complémentaires. A ce stade, le dialogue avec le client est
particulièrement fondamental. En effet, c’est là que commencent
réellement les frais et il faut savoir lui expliquer le bénéfice de
ces examens par rapport à l’âge de l’animal et à son pronostic
vital.
Tous les propriétaires ne demandent pas le même service, mais l’âge
ne doit plus être une contre-indication à la réalisation d’une
exploration médicale complète ou d’éventuels actes chirurgicaux. Le
développement d’une consultation gériatrique implique par la suite
un suivi régulier des patients, facilitant la fidélisation de
toute clientèle